
Pensée divergente et convergente : définitions, différences et exemples en équipe
Face à un problème, on peut chercher la bonne réponse ou chercher toutes les réponses possibles. La première démarche s’appelle la pensée convergente, la seconde la pensée divergente. L’école et l’entreprise valorisent surtout la première, alors qu’aucune innovation ne naît sans la seconde. Les deux ne s’opposent pas : elles se succèdent, et la qualité d’une réflexion collective dépend en grande partie de la manière dont on les fait alterner. Voici leurs définitions, leurs différences, ce que l’on sait des « personnes divergentes », et comment les faire travailler ensemble en équipe.
Article publié en octobre 2022, réécrit et enrichi en octobre 2026.
En bref. La pensée divergente produit le plus grand nombre possible de réponses à une même question ; la pensée convergente trie ces réponses et retient la plus pertinente. La première ouvre le champ, la seconde le referme. Une réflexion de qualité passe par les deux, l’une après l’autre, jamais en même temps.
La pensée divergente : définition
La pensée divergente consiste à produire, à partir d’une même question, un grand nombre de réponses différentes. Elle procède par associations d’idées, rapprochements inattendus, changements de point de vue. Elle ne cherche pas la bonne réponse mais l’éventail des possibles. Le psychologue américain Joy Paul Guilford a introduit la distinction entre production convergente et production divergente dans les années 1950, dans ses travaux sur la structure de l’intelligence et la créativité.
Le professeur belge Louis D’Hainaut en a donné une définition souvent citée : la pensée divergente est celle qui, dans un problème, recherche toutes les solutions possibles, moins attachée au conformisme de la réponse qu’à son originalité, à l’aise dans les questions vastes et mal définies, capable d’apercevoir des relations entre des faits jamais rapprochés jusque-là.
Dans la vie professionnelle, la pensée divergente intervient chaque fois qu’il faut élargir le champ avant de choisir. Quelques exemples :
- une équipe qui cherche une vingtaine de façons de raccourcir un délai de traitement, sans en évaluer aucune tant que la liste n’est pas close ;
- un manager qui recense toutes les causes possibles d’une baisse d’engagement avant de privilégier une hypothèse ;
- un groupe qui imagine des usages inattendus d’un service existant pour lui trouver de nouveaux publics ;
- un comité de direction qui explore plusieurs scénarios d’avenir avant de fixer ses priorités.
Dans chaque cas, la consigne est la même : différer le jugement pour laisser apparaître des options auxquelles personne n’aurait pensé seul.
La pensée convergente : définition et exemples
La pensée convergente consiste à rassembler les informations disponibles, à les analyser et à aboutir à la réponse la plus juste, souvent unique. C’est une pensée logique, séquentielle, orientée vers la décision. Elle est à l’œuvre quand on résout un exercice de mathématiques, qu’on diagnostique une panne ou qu’on choisit entre plusieurs fournisseurs à partir de critères. La plupart des examens scolaires la mesurent : il y a une bonne réponse, et l’on attend de l’élève qu’il la trouve.
Dans la vie professionnelle, la pensée convergente est partout. Quelques exemples :
- un comité qui choisit, parmi cinq projets candidats, les deux qui seront financés, à partir de critères annoncés à l’avance ;
- une équipe qui analyse un incident de production pour remonter à sa cause principale ;
- un responsable qui compare trois devis selon le prix, le délai et la qualité de service ;
- un groupe qui, à la fin d’un atelier, regroupe cinquante idées en familles et en retient trois à approfondir.
La pensée convergente n’a rien d’une pensée pauvre. Elle demande de la rigueur : définir des critères, hiérarchiser, renoncer à des options séduisantes. Sa limite apparaît quand elle intervient trop tôt. Appliquée à un problème nouveau, elle pousse à retenir la première solution connue plutôt qu’à en chercher de meilleures. C’est pourquoi, en équipe, elle gagne à suivre un temps de pensée divergente plutôt qu’à le remplacer.
Les différences entre pensée divergente et convergente
| Pensée divergente | Pensée convergente | |
|---|---|---|
| Objectif | Ouvrir, multiplier les pistes | Resserrer, choisir |
| Question type | « Qu’est-ce qui serait possible ? » | « Quelle est la meilleure option ? » |
| Critère de réussite | Nombre, variété et originalité des idées | Justesse et pertinence de la réponse |
| Attitude | Suspendre le jugement, accueillir | Évaluer, comparer, trancher |
| Risque si elle domine | Beaucoup d’idées, aucune décision | Reproduire les solutions connues |
La créativité a besoin des deux. Les chercheurs Robert Sternberg et Todd Lubart la définissent comme la capacité à produire un travail à la fois nouveau et adapté aux contraintes de la situation : la nouveauté vient surtout de la divergence, l’adaptation de la convergence.
Comment on mesure la pensée divergente
L’exercice le plus connu est le test des usages alternatifs, issu des travaux de Guilford : trouver en quelques minutes le plus d’usages possibles pour un objet banal, une brique ou un trombone. Les tests de pensée créative d’Ellis Paul Torrance, publiés en 1966 et encore très utilisés, évaluent les réponses selon quatre critères qui sont aussi de bons repères en atelier :
- la fluidité : le nombre d’idées produites ;
- la flexibilité : le nombre de catégories différentes explorées ;
- l’originalité : la rareté des idées par rapport à celles des autres ;
- l’élaboration : le degré de détail et de développement des idées.
Une « personne divergente », qu’est-ce que c’est ?
On entend parfois parler de « personnes divergentes » comme d’un type à part. La recherche invite à la prudence. La pensée divergente est une capacité, que chacun mobilise plus ou moins selon les situations, et non un profil figé. Tout le monde pense de façon divergente quand il cherche un cadeau ou improvise un repas avec ce qui reste dans le réfrigérateur, et de façon convergente quand il compare deux devis.
Il existe bien des différences entre individus. Les études relient notamment la pensée divergente au trait de personnalité appelé ouverture à l’expérience : curiosité, goût de la nouveauté, tolérance à l’ambiguïté. Mais cette capacité se développe aussi par l’entraînement et dépend beaucoup du contexte. Une personne très inventive se tait dans une réunion où chaque idée est critiquée ; une équipe réputée peu créative produit beaucoup quand on lui donne le cadre adapté. C’est une bonne nouvelle pour les organisations : la pensée divergente se cultive.
La pensée latérale d’Edward de Bono
Proche de la pensée divergente, la pensée latérale a été décrite par Edward de Bono à la fin des années 1960. Elle consiste à sortir délibérément du raisonnement habituel pour aborder un problème par un angle inattendu : renverser la question, introduire un élément au hasard, remettre en cause une hypothèse que personne ne discutait. Là où la pensée logique creuse le même trou plus profondément, disait-il, la pensée latérale en creuse un ailleurs.
Faire alterner les deux en atelier
En réunion, la pensée divergente et la pensée convergente se gênent mutuellement quand elles sont mélangées. Une idée évaluée dès qu’elle est formulée arrête la production : les participants ne proposent plus que ce qui leur semble déjà acceptable. À l’inverse, un groupe qui ne fait que diverger repart avec un mur de post-it et aucune décision. La règle de base de l’animation est donc simple : séparer les temps, et annoncer clairement le passage de l’un à l’autre.
Ce passage n’est jamais confortable. Le diamant de la participation de Sam Kaner décrit bien cette phase intermédiaire, la zone de grognement, où le groupe doit comprendre la diversité de ce qu’il a produit avant de pouvoir choisir. C’est l’une des compétences centrales du facilitateur, que nous travaillons notamment dans notre formation à la conduite de séances de créativité.
Exemple : un atelier de deux heures qui alterne divergence et convergence
Voici un déroulé type pour une équipe d’une dizaine de personnes qui doit trouver des pistes d’amélioration sur un sujet précis, par exemple l’accueil des nouveaux arrivants. Les durées sont indicatives ; ce qui compte, c’est la séparation nette des temps.
| Temps | Phase | Ce que fait le groupe |
|---|---|---|
| 0:00–0:10 | Cadrage | Le facilitateur reformule le sujet en question ouverte (« Comment pourrions-nous… ? ») et annonce les règles : quantité d’abord, pas de critique pendant la production. |
| 0:10–0:20 | Divergence individuelle | Chacun note seul, en silence, huit à dix idées sur des post-it. Ce temps protège les plus discrets et évite que les premières idées exprimées orientent toutes les autres. |
| 0:20–0:45 | Divergence collective | Partage tour par tour, rebonds sur les idées des autres, ajout de pistes nouvelles. Aucun jugement : on clarifie, on n’évalue pas. |
| 0:45–1:05 | Zone de grognement | Regroupement des idées par affinités, élimination des doublons, nom donné à chaque famille. Le groupe comprend ce qu’il a produit avant de choisir. |
| 1:05–1:20 | Choix des critères | Le groupe retient deux ou trois critères, par exemple l’impact pour les nouveaux arrivants et la facilité de mise en œuvre. |
| 1:20–1:40 | Convergence | Vote par points sur les familles, puis placement des idées favorites sur une matrice impact / effort. |
| 1:40–2:00 | Décision et suite | Trois pistes sont retenues, chacune avec un porteur et une première action datée. |
Deux détails font la différence. D’abord, le facilitateur annonce chaque bascule à voix haute : « nous arrêtons de produire, nous allons maintenant trier ». Ensuite, les critères sont choisis avant le vote et non après, pour éviter que le groupe justifie a posteriori ses préférences. Pour adapter ce déroulé à d’autres situations, voir aussi comment concevoir un atelier collaboratif et la méthode du world café, qui fait diverger un grand groupe en petites tables.
La divergence fonctionne d’autant mieux que le groupe est varié et que chacun réfléchit d’abord seul : ce sont précisément deux des conditions décrites par James Surowiecki dans La Sagesse des foules.
Les erreurs les plus fréquentes
- Converger dès la première idée. La première proposition acceptable devient la solution, faute d’avoir cherché les autres.
- Critiquer pendant la production. Chaque objection émise trop tôt réduit le nombre et l’audace des idées suivantes.
- Laisser le plus haut placé s’exprimer en premier. Son avis oriente tout le groupe ; c’est pourquoi le chef gagne à parler en dernier.
- Voter sans avoir trié. Un vote sur cinquante idées brutes disperse les voix ; regrouper et nommer les familles d’abord rend le choix lisible.
- Diverger sans fin. Sans durée annoncée ni moment de décision, la séance s’achève sur un mur d’idées que personne ne reprend.
Exercices pour stimuler la pensée divergente
- Les usages alternatifs : trois minutes pour trouver un maximum d’usages à un objet du quotidien. Un bon échauffement en début de séance.
- Le « Comment pourrions-nous… ? » : reformuler un problème en question ouverte avant de chercher des solutions.
- L’écriture libre : écrire sans s’arrêter pendant cinq minutes sur un sujet, sans relire ni corriger.
- Les analogies : comment une autre industrie, la nature ou un sport résoudrait-il ce problème ?
- L’inversion : chercher comment aggraver le problème, puis retourner chaque idée.
- Le brainstorming bien mené : temps individuel d’abord, puis partage et combinaison. Nous en détaillons les règles et l’animation.
Outils pour converger
- Le regroupement par affinités : rassembler les idées proches en familles et nommer chaque famille.
- Les critères explicites : impact, faisabilité, délai, coût, annoncés avant l’évaluation.
- La matrice impact / effort : placer les idées sur deux axes pour repérer les gains rapides et les chantiers de fond.
- Le vote par points et le consentement : pour faire apparaître les préférences puis trancher. Voir notre article sur les méthodes pour décider en groupe.
En résumé
La pensée divergente ouvre, la pensée convergente ferme. L’une sans l’autre ne mène nulle part : beaucoup d’idées sans choix, ou des choix sans idées nouvelles. Ce qui fait la qualité d’une réflexion collective, c’est d’accorder à chacune son temps, son cadre et ses outils, et d’accompagner le groupe dans le passage de l’une à l’autre.
Questions fréquentes sur la pensée divergente et convergente
Qu’est-ce que la pensée convergente ?
C’est la manière de raisonner qui rassemble les informations disponibles pour aboutir à la réponse la plus juste, souvent unique. Elle est logique, séquentielle et orientée vers la décision : comparer des devis, diagnostiquer une panne ou choisir entre plusieurs projets selon des critères en sont des exemples.
Quel est le contraire de la pensée divergente ?
C’est la pensée convergente, qui cherche la réponse la plus juste plutôt que l’éventail des réponses possibles. Guilford a d’ailleurs posé les deux notions ensemble. Plus qu’opposées, elles sont complémentaires : l’une ouvre les options, l’autre permet de choisir.
Comment développer sa pensée divergente ?
Par un entraînement régulier, comme pour toute capacité : chercher plusieurs réponses avant d’en retenir une, se fixer un nombre d’idées à atteindre, emprunter des analogies à d’autres domaines. Les usages alternatifs, l’écriture libre et l’inversion sont de bons points de départ. Le contexte compte autant que l’individu : un cadre où les idées ne sont pas jugées sur-le-champ libère la divergence de tout le groupe.
Pensée convergente ou divergente : laquelle utiliser en réunion ?
Les deux, mais pas en même temps. Une réunion qui doit aboutir à une décision commence en général par un temps de divergence, pour recueillir les points de vue et les options, puis passe à la convergence, avec des critères et un choix. L’erreur la plus courante est de mélanger les deux, ou de converger dès la première proposition.
Pensée divergente et créativité, est-ce la même chose ?
Non. La pensée divergente est une composante de la créativité, pas son synonyme. Une idée créative doit être à la fois nouvelle et adaptée à la situation : la divergence apporte la nouveauté, la convergence l’adaptation. Les tests de pensée divergente mesurent donc un potentiel créatif plutôt que la créativité elle-même.
Pour approfondir. J.P. Guilford, « Creativity », allocution à l’American Psychological Association (1950) ; E. Paul Torrance, Torrance Tests of Creative Thinking (1966) ; Edward de Bono, La pensée latérale ; Robert Sternberg et Todd Lubart, Defying the Crowd (1995). Sur le même blog : pour une approche scientifique de la créativité et comment concevoir un atelier collaboratif.
